1) Quels critères pour choisir les symphonies de Beethoven  ?

( Première Partie )

Prologue...

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Un ami, regardant les étagères de ma discothèque était resté perplexe devant le nombre de Cds des symphonies de BEETHOVEN qu’elle contenait!

Il me posa alors cette question,judicieuse sans aucun doute, mais ô combien embarrassante pour y répondre à brûle pourpoint : Mais quels sont tes critères pour choisir une Symphonie de Beethoven ?

Si je  m’en suis sorti au pied levé, à bon compte. J’ai cependant pensé que sa question ne manquait pas d’à propos et méritait une réponse plus circonstanciée pour pouvoir servir à tous ceux qui deviendraient « des acheteurs potentiels de symphonies de Beethoven ».

Je me suis donc mis, à ces quelques lignes d’écriture, que je vous livre ci-dessous.

Travail d’écoute réalisé 

dans le Salon Point MusiqueS

à partir du matériel suivant :

Lecteur CD8 Métronome-Technologie

Amplificateur Intégré Artec SEI 55V

Enceintes Calliope 21

avec un ensemble de câbles Ocellia.

Le chef, l’orchestre et l’interprétation

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Le rôle du Chef est primordial, tant dans sa philosophie pour aborder l’œuvre que dans ses choix esthétiques ou ses partis pris (que l’on acceptera d’autant plus qu’on y adhèrera ou non) et le jeu qu’il déploie avec les musiciens de l’Orchestre qui en fonction de son histoire aura une sensibilité  plus ou moins propre à jouer ou à s’adapter au  discours beethovenien.

Hermann SCHERCHEN

Otto KLEMPERER

Contrairement à d’autres œuvres où l’on voit parfois  le chef diriger à partir de l’instrument sur lequel il joue lui-même, les symphonies de Beethoven ne semblent pas se prêter à ce type d’interprétation, tant l’exigence de conduite de l’orchestre sans cesse sollicité de façons différentes semble essentielle à l’unité recherchée par la symphonie et la réussite de l’œuvre jouée.

Sur une même partition, un monde peut séparer différentes interprétations dans leurs approches et leurs exécutions selon le chef et l’orchestre choisis. ( Cf : liste à la fin de ce propos.)

Les différentes écoles d’interpretation :

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Trois conceptions d’approches des symphonies beethoveniennes se font jour actuellement:

Une première conception traditionnelle et classique, est l’héritière de la conception romantique de la symphonie et fonde ses bases sur la lecture et l’interprétation des grands chefs qui l’ont enregistré.

Elle repose sur une interprétation qui met en valeur les contrastes des différents mouvements  joués (avec plus ou moins de rapidité selon les interprètes) et les unissent pour en faire une œuvre symphonique.

Arturo TOSCANINI et Herbert von KARAJAN

sont avec Wilhem FURTWANGLER des références incontournables dans le monde des symphonies de Beethoven.

Une deuxième conception sous l’impulsion des « chefs baroqueux » a entraîné une lecture différentes des symphonies. en intégrant aux concepts classiques les apports de l’analyse baroque et en introduisant des instruments anciens dans l’orchestre.

Les sonorités, l’articulation, les contrastes et les perceptions du discours musical sonnent alors différemment et opèrent une coupure entre « traditionnels et novateurs » révisant et modifiant l’interprétation de la tradition romantique en y apportant une « nouvelle sonorité ».

Nikolaus HARNONCOURT

Nikolaus HARNONCOURT celui par qui une nouvelle musicalité arrive…

Une troisième conception voit le jour depuis une dizaine d’années.

A partir d’études et de recherches nouvelles, émerge une volonté d’aborder les symphonies d’une façon plus modernes dans leur interprétation. 

Celle – ci déploie une articulation plus nerveuse, saccade la conduite de la ligne mélodique et en accentue les traits impulsifs, imposant des contrastes énergiques entre les différents mouvements.

L’articulation systématiquement recherchée et privilégiée dans les différents mouvements exécutés, entraîne un jeu plus heurté qui est à l’origine d’une lecture et d’une approche nouvelle qui peut paraître, à certains, rigide dans les phrasés comme dans les contrastes.

Sir Simon RATTLE et Jos Van IMMERSEEL

.Entre classique, baroque et modernité ; Un mélange heureux qui donne une dimension nouvelle à l’œuvre symphonique.

Cette conception et cette vision nouvelle des choses, entraîne une réaction vive chez les tenants d’une lecture  conventionnelle, qui considèrent que cette nouvelle lecture en rigidifiant phrasés et contrastes rend la progression et le sens de la symphonie inaudible et invisible pour l’auditeur

Pour eux, en effet, le flux des saccades mis constamment en avant ne permet pas de visualiser l’architecture du morceau et de ce fait lui retire sa force, le sens du pathétique et surtout ne rend plus perceptible les enjeux humanistes, philosophiques ou spirituels sous jacents au message  musical.

Paavo JARVI et Giovanni ANTONINI : La recherche d’une vision

nouvelle des choses.

Ils dénoncent par ailleurs le risque, dans ce type d’interprétation nouvelle, de voir gommer les racines diverses du génie Beethovenien, son rôle et ses apports fondamentaux  non seulement par rapport à ses contemporains, mais aussi par rapport à notre siècle, banalisant ainsi son œuvre au XXI éme.

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Entre ces différentes approches, votre choix sera fonction

de votre sensibilité, de votre ressenti et de votre enthousiasme à l’écoute des interprétations proposées.

Soyez sans préjugés

Et …

Optez pour l’interprétation qui vous touchera le plus.

La prise de son

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La qualité de la transcription musicale de l’œuvre est pour la plupart d’entre nous essentielle.

En effet, c’est elle qui nous permettra de distinguer les nuances de l’interprétation et de la conduite orchestrale, d’apprécier les différences entendues et de faire nos choix en fonction de nos sensibilités et de nos affinités avec celle que nous aurons entendue et retenue.

Riccardo CHAILLY 

Riccardo CHAILLY : Une version sonore fastueuse

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Il convient donc que la prise de son soit  irréprochable.

Ce qui de nos jours devrait être, une évidence et une exigence, n’en n’est malheureusement pas une. (Les notes techniques attribuées par les magazines spécialisés sont plus souvent autour de la moyenne que vers les sommets de l’excellence! ) Or ce point est essentiel pour d’une part mettre en valeur l’œuvre enregistrée par la maison de disques et d’autre part exploiter et tirer pleinement parti du matériel HI-FI qui est le nôtre.

La musique « dématérialisée » ne change rien à l’affaire à ce niveau puisqu’elle ne fait que mieux encore apparaître les carences mises en évidences par le CD (mais c’est une autre histoire…).

Bien sûr dans les enregistrements historiques ces critères deviennent relatifs et secondaires.

Certains d’entre nous seront sensibles à la personnalité et au jeu de l’interprète et ce malgré craquements et bruits divers liés à la transcription d’époque.

Les autres feront fi du halo qui entoure parfois la voix du ténor ou la prise de son de l’orchestre pour se consacrer au chant ou au suivi de la ligne mélodique qui se dégage de l’enregistrement.

Karl BOHM et Carlos KLEIBER : Des » classiques » incontournables pour le mélomane

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Il est aussi à noter que toutes les transcriptions historiques ne sont pas « antiques et solennelles » et que les labels qui consacrent leurs énergies à ces restitutions font un excellent travail qui laisse admiratif l’auditeur et qui est certainement une excellente façon de nous inviter à nous pencher vers un patrimoine artistique souvent oublié ou méconnu pour en découvrir les merveilles.

Une idée en passant… par parenthèse… (qui mise en pratique serait, pleinement à l’honneur des sociétés vendant de la musique dématérialisée)  Est ce que la Musique dématérialisée ne pourrait pas mettre à la portée de tous les publics ces interprétations tombées dans le domaine public, en les proposant, gratuitement ou à un prix  très raisonnable, jouant ainsi le rôle d’un moteur culturel  dans le pays? … Peut être ma pensée va telle trop loin…à moins qu’elle devance des possibilités d’avenir ?

( A suivre … )